Chengdu m’a tout de suite plu, un amour un rien bancal et désagréable. Un peu comme une attirance inconditionnelle pour un goujat. Mon auberge de jeunesse, véritable petit nid douillet exotique, a sans doute pas mal pesé dans la balance.

 

J’y ai rencontré Carrie, sympathique étudiante du Hunnan, en visite à Chengdu. Nous avons passé la journée à arpenter la ville, de restaurant en restaurant. La visite touristique façon morfales. Le soir nous avons rejoins John (oui, beaucoup de chinois ont des prénoms occidentaux. Quand à ceux qui ont des prénoms chinois, ils aiment souvent se présenter avec leur équivalent anglais), réceptionniste à l’hôtel, pour un petit verre.

 

J’aimais Chengdu, j’avais rencontré des gens cools, la vie était belle. Fidèle à mon désir de sortir le plus possible de ma zone de confort, je quittais mes nouveaux amis et prenais la route de Fanpu Farm, à 1h a l’est de Chengdu, où je devais travailler en tant que bénévole.

A peine arrivée et ma tranche de pastèque de bienvenue engloutie, j’étais conduis en camion/mobylette jusqu’au chantier, un ecolodge en pleine foret, maisons dans les arbres incluses ! Après une bonne journée de travail je m’écroulais aux côtés de ma nouvelle compagne, Jean, dans le dortoir humide et étouffant de la ferme.

 

Une routine s’installait rapidement, entre travail dans la serre, avec les enfants du camp d’été, préparation de gâteaux pour les enfants…le travail n’était pas dur, et je passais le clair de mon temps à traîner.

La plupart des volontaires étaient des chinois, et je constatais vite que tous avaient tendance à vouloir me ménager. Comme si en tant qu’occidentale, je ne devais pas travailler aussi dur qu’eux ! On m’enlèvait la pelle des mains, on se précipitait vers moi dès que je commençais à soulever un sac un peu lourd…à force de les rebuter et de m’enteter, j’ai finis par gagner un peu de respect, et on insistait un peu moins pour que je “prenne une pause” [alors que j’avais commencé le travail litteralement 1h plus tot].

Un soir, nous avons enfourché nos vélos pour rejoindre un petit stand en bordure de route ou ils vendaient des Pinfus (tout de moins le nom que j’ai compris), sorte de glace pilée baignant dans un sirop sucré, avec des raisins secs et des graines de courge. Alors que nous pédalions Emma, passionnée de la France, jouait La Vie en Rose sur son portable. Je l’entonnais en riant.

C’est pour ca que je voyage, pas tellement pour les temples renversants ou les paysages à tomber par terre – oui bon, un peu aussi – mais surtout pour ces petits moments simples dont au fond, on se rappelle le plus. Et dont je veux joncher également ma future vie sédentaire.
J’ai finis par quitter Fanpu Farm, pour rejoindre Chengdu. Après une rapide boucle par Leshan et son fameux bouddha géant, je reprenais le route pour Kangding, petite ville tibétaine de l’ouest du Sichuan. J’y suis arrivée hier, et je suis immédiatement tombée sous le charme. Disparue la moiteur à 2600m d’altitude, il fait meme plutôt frais. Les tibétains – car il y a ici plus de tibétains que de chinois – vous fixent sans doute, mais accompagnent leurs regards de grands sourires et de joviaux ‘hello’ et autres “how are you ?”. Toujours en Chine, mais plus vraiment. Après avoir partagé le repas de moines avec qui j’avais sympathisé tantôt, je me suis rendue au poste de police pour m’informer sur les procédures de prolongation de visa.

La Chine. Trop de gens, trop de voiture, trop de pollution, trop de regards insistants, trop de manque de respect. Je vis dans un état de stress quasi permanent depuis presque un mois. Et pourtant, me voilà sur le point de prolonger mon visa, en bonne victime du syndrome de Stockholm(que je n’ai pas eu a Stockholm d’ailleurs).

Comme quoi les plus beaux livres n’ont pas toujours les plus belles couvertures.

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