Le lendemain, c’était mon tour de prendre un train, et pas n’importe lequel, le train à grande vitesse chinois. C’est simple, il va tellement vite que mon appliction de tracé GPS reste à ce jour persuadée que j’ai pris un vol entre Urumqi et Lanzou. Le trajet entre ces deux villes, d’à peu près 11h, remporte le troisième prix du pire trajet routier de mon périple (le premier étant celui en minibus depuis Ogii et le deuxième, mes 40h de bus de Oulan Bator à Ogii. J’en ai la nausée rien que d’y penser)

Pourtant le train en lui-même était propre, et les sièges relativement confortables. Le souci c’est que je me suis tapée une indigestion et que j’ai passé 11h à vomir mes tripes, mes aller-retours aux toilettes salués par la sympathique indifférence de mes voisins chinois. Tu peux crever, sale bête. J’exagère à peine, ils étaient même agacés d’avoir à bouger de leurs sièges pour me laisser passer (j’ai bien proposé d’échanger de sièges, mais apparemment ils préféraient raler. Finalement les parisiens et les chinois ne sont pas si différents).

Arrivée à Lanzou, j’étais un véritable déchet humain, et un déchet humain complètement paumé en plus. Un déchet humain paumé et anglophone, ça fait rire les chinois à gorges déployées. Sympa l’accueil. Je finissais quand même par trouver mon hôtel, où on m’annoncait placidement que ma réservation avait sauté, parce que j’avais dépassé 22h de 10mn. Crevée, malade et déprimée, je m’effondrais sur le comptoir et y répandais mon mucus d’occidentale. Au final j’étais un peu honteuse, sans doute, mais aussi détentrice d’une chambre d’hôtel accordée par pitié.

Le lendemain, je suis partie explorer la ville, avec l’impression d’être dans une comédie pour ados type “Miss Blonde à couettes débarque à New York”. Pourtant tu viens aussi d’une capitale, darling. Mais Paris, c’est une maison de poupées à côté de cet enfer urbain de bruits et de populasse. N’oublions pas les embouteillages incessants et la multitude de scooters qui ne voient aucuns inconvénients à circuler tranquillement (furieusement) un peu partout (trottoirs inclus). Le bon côté des choses c’est que j’ai regardé suffisament la mort en face pour ne plus la craindre.

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Vue sur Lanzou depuis le parc de la White Pagoda

Lanzou n’a pas franchement d’intérêt culturel, à l’exception du Parc de la White Pagoda, à rejoindre à bord d’un téléphérique rouillé et branlant. I dont fear you, Death, look at me challenging the heck out of you. Qui dit peu d’intérêt touristique dit pas de touristes. Donc juste moi, et des milliers de chinois curieux qui fixent et chuchotent entre eux en me pointant du doigt. Je marchais rapidement, imperturbable, avec Sting dans la tête “I’m an alien, I’m a little alien…” (though I kinda think he had it better as an englishman in NY).

Mon sac plein de vêtements chauds destinés à survivre aux montagnes mongoles ne m’avait pas préparé à la moiteur humide de la Chine. Il me fallait de nouveaux vêtements. Il faut savoir que je ne suis pas une grande fan de shopping à la base, mais faire les boutiques en Chine, c’est le comble de l’horreur. Les vendeuses me sautaient litteralement dessus et me suivaient de vêtements en vêtements à travers le magasin, petits caniches souriants. Je fuyais à peine le pas de la porte passé.

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Place en bordure de la Yellow River. Beaucoup de touristes…mais tous chinois !

C’est donc stressée, perdue et seule, qu’en bonne européenne americanisée , je me refugiais dans un Starbucks pour m’enfiler un massive cappuccino et un freaking shortbread. Je retrouvais toute l’Ecosse en une bouchée et soupirais de nostalgie. Déprimée et avec le mal du pays au ventre, je m’accordais quelques minutes de répit. C’est en me rappelant les mots d’un ami, “the world is your home”, que je finissais par retrouver contenance. Qu’à cela ne tienne, j’étais paumée comme jamais en Chine, mais c’était à moi d’inverser la tendance en y trouvant mes marques. L’esprit plus léger, je repartais affronter la ville, ses vendeuses pot-de-colles, ses scooters de l’enfer, son brouhaha ambiant. Une petite robe légère plus tard, et j’arpentais le marché de nuit telle une locale – bon, vu les regards insistants, telle une locale sur un tapis rouge – choisissant mes pêches plates comme une experte, c’est a dire au pif.

Le lendemain, j’embarquais pour 22h de train jusqu’à Chengdu, capitale du Sichuan.

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Depuis le téléphérique, aperçu sur rive « historique » de la Yellow River
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