Oui, je n’ai pour ainsi dire pas écrit d’articles depuis mon départ, il y a bientôt 4 mois. J’ai pourtant des pages et des pages de carnets couvertes de ma belle et illisible écriture (je base cette description sur les nombreuses exclamations admiratives qui précèdent généralement les expressions confuses de mes vis-a-vis, francophones compris). J’avais bien prévu de les taper à l’ordinateur mais non seulement j’ai très peu souvent accès à la dite machine, mais en plus…je m’arrache les cheveux avec le clavier. Littéralement. J’ai stocké une grosse touffe à côté de la souris.

Du coup rien sur ma belle Écosse, rien sur ce mois riche en apprentissage passé avec les Jonsson dans leur ferme en Suède, rien sur la Russie et ses palais, ses trains, ses saletés de meringues délicieuses et sa population merveilleuse, rien sur la Mongolie et sa terrifiante capitale, la beauté sans nom de ses steppes, le ridiculement long trajet en bus à travers le pays et la randonnée incroyable que j’ai faite en compagnie d’une british que je n’oublierais pas de sitôt (so long, Eloise !).

Je crois qu’il va falloir que j’écrive un bouquin. À ajouter à la pile de projets que j’ai pour mon retour en Europe, on va rester vague sur la destination.

Me voilà donc en Chine. Même si en ce moment j’ai plutôt l’impression d’être au Tibet, mais ne sautons pas les étapes. A vrai dire vous allez avoir droit à un petit bout de Mongolie, puisque ce chapitre commence au pied de Herdsman, le sommet que nous…n’avons pas escaladé. Après 8 jours de randonnée, nous sommes arrivés en pleine tempête, la grimpette aurait été beaucoup trop dangereuse. Et comme le visa d’Eloise se terminait deux jours plus tard, il nous était impossible de monter la tente et d’attendre la fin de l’intemperie. Pour nous consoler nous avons laissé notre guide à sa partie de cartes et sommes allées explorer le glacier, où nous avons bien failli laisser notre peau.

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Sur le glacier, à Tavan Bogd

Mais ça, c’est une autre histoire.

Le 14 août au matin, nous avons donc commencé à nous préparer pour notre périple de 12h en taxi depuis Ogii jusqu’au poste de frontière chinois de Bulgan : ça consistait surtout en moult courses de gâteaux et changer notre monnaie mongole (en dollars, impossible de la changer en yuan. Mais il fallait absolument se débarrasser de nos turuks, une fois en Chine, personne n’aurait daigné nous les échanger…et d’ailleurs meme les dollars se sont avérés être un challenge).

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Dernier petit-déjeuner en Mongolie ! Pains frits, beurre de yack et Milk tea

Vers 19h, soit pas du tout en début d’après midi comme nous l’avions pensé, notre carrosse fut avancé…ce que Kulchat (notre guide, qui devait elle aussi se rendre en Chine pour acheter du matériel de camping) appelait taxi était en fait un vieux minibus reconditionné pour accueillir le plus de sièges possibles. Plus de passagers veut dire plus d’argent, pour le confort, on repassera. Nous avons donc embarqué pour plus de 12h écrasés les uns sur les autres, chahutés dans tous les sens par ce bolide infernal, qui sautait et s’écrasait lourdement sur l’absence générale de routes mongoles. Pas de ceintures, mais heureusement pour nous – quelle chance ! – le plafond était matelassé…enfin “chance”…au bout d’à peine une heure, on rêvait presque de s’assommer un bon coup pour finir le trajet dans un agréable coma.

Certains matins je me réveille en sursaut, persuadée d’être morte cette nuit là et de vivre un rêve depuis. Enfin certains jours, un cauchemar, Chine oblige.

Vers 5h du matin, le minibus s’est arrêté. Le chauffeur à coupé le contact, baissé le dossier de son siège et s’est endormi confortablement, du sommeil du juste. Silence. Ronflements mis a part. Eloise et moi-même avons échangé un regard d’horreur, coincées entre les passagers endormis. Apres 2h de claustrophobie totale, le minibus a enfin redémarré. Ah, j’en ai vécu des longs trajets inconfortables depuis mon départ…mais celui-là remporte le titre de “Dirt Road to Hell”.

Nous avons finalement, plus ou moins vivants, atteint Bulgan. Rien à signaler côté mongole, nous avons donc pu traîner laborieusement nos pattes jusqu’au poste de frontière chinois. Après quelques plaisanteries sur la probabilité que le personnel douanier ne tombe sur quelques-unes de nos photos destinées à nos réguliers respectifs – nos téléphones avaient été confisqués et leurs contenus soigneusement inspectés – nous sommes enfin passé côté chinois. Ce contrôle annonçait la couleur, le respect de la vie privée, avec le droit à l’image, ne sont pas des notions très chinoises. 7h de route plus tard, comme si nous n’avions pas mangé assez de bitume pour toute une vie (enfin côté mongole c’était surtout de la terre et des cailloux qu’on avait bouffé), nous arrivions a Urumqi, capitale du Xinjiang, et très marquée par la présence d’une forte population kasakh. La chose était particulierement flagrante dans le quartier de notre hôtel . Tout le monde y parlait kasakh et les trottoirs débordaient de pains fris, pêches plates et…carcasses de chèvres. Âmes sensibles s’abstenir, la viande de votre soupe est découpée juste sous vos yeux. Tous les restaurants de la rue proposaient plus ou moins la même chose : des nouilles. En soupe ou en pas-soupe, c’est ton choix. Et du riz fris, huileux certes, mais savoureux.

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Coucher de soleil sur Urumqi. Étrangement, je n’ai pris aucune photo à part celle-ci, du départ de Mongolie jusqu’au Xinjiang. Sans doute trop d’émotions pour manipuler le smartphone !

Le lendemain, Eloise regagnait l’est de la Chine, où elle travaille en tant que prof d’anglais. Prévoyantes, nous avions décidé d’arriver deux bonnes heures en avance à la gare, au cas ou il y aurait du monde.

“Du monde”, c’était le cas de le dire.

J’ai déjà dû faire la queue pour avoir un ticket, ça arrive souvent a Paris. Mais faire la queue pour rentrer dans la gare, c’était une première. On se serait cru aux abords du musée du Vatican. Nous avons contemplé ce miasme humain avec horreur. Je découvrais la Chine, insensée, fourmilliante, bordélique. Finalement tout s’est bien terminé et j’ai dis au revoir à ma nouvelle amie, non sans verser une petite larme.

Nos “spooky similarities ” et nos fous rires me manquent déjà. Nous nous entendions si bien que j’en étais même venue à regretter mon choix de voyager en solitaire, mais ça nest pas tous les jours que je rencontre quelqu’un avec qui je suis si compatible. Les aux revoirs font maintenant parti de mon quotidien, mais ils ne sont jamais simples.

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Une belle soirée en bonne compagnie, sous la tente, à Tavan Bogd. Au revoir Mongolie !
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